Mes souvenirs tiédis ce jour percent encore mon âme, cette âme refroidie depuis l'aube
des temps anciens. Souvenirs toujours que ces langueurs infinies des rouges fauves étalés et immobiles, ces amours confiés au temps passé. Catir vos lèvres une fois dernière madame en joutes
expertes. Absoute madame d'un coeur nécrosé des violences à lui infligées mais dont amour demeure. Vos tendresses madame, comme vos tendresses me manquent, comme je respire encore ces
moments. Une douceur, une câlinerie vous faisais madame en votre intime personne, une douceur à peine effleurée, une douceur à peine ébauchée. Mais aussi violences vous faisait madame en
étreintes contraintes et passionnées. Haletant, épuisé j'étais. Haletant, comblé j'étais. Pourtant je ne suis plus ce que j'étais alors que vous êtes et resterez pour l'éternité ce que vous
étiez.
Il effleurait de sa présence mon âme apaisée. Ses mots sans fonds semblaient s'ajuster à ma vie. Et
son existence encombrait ma pensée. Je l'aimais si fort, qu'il me semblait le trahir. De ma vie passée je me suis échappé et de moi, rien ne subsistera. Dieu n'est pas là, car c'est l'ensemble de
la création qui est à voir. Et je séduirais ma mort afin de ne pas mourir humilié. Ce monde n'est qu'un involution et l'homme peut, doit briser ses chaînes. La création n'est pas terminée, d'autres
mondes existent, inaccessibles ceux-là. Une création inversée qui serait de nature évolutive! Une roue des vies, une frénésie divines? Et si la vie n'était qu'absurdité humaine? Et si d'autres
mondes existaient dépendants de l'existence mais absout de l'hérésie humaine? Nous nous forgeons continuellement pour nous désagréger mais je restituerai à ma mémoire, la, ma dernière image
vécue!
Des souffrances avallées en amours galés, amour encore mon coeur espère. Vous me vîtes pleurant
madame, pleurant sur le carrel ce désespoir de vie. Des temps passés, l'oubli avéré ne laissera passer que des songes. Je vous aime madame mais ne le peux plus. Pourtant languissantes
caresses au souvenir amoindri, frissonnent toujours mon coeur et troublent ma vue d'un pudique voile de rosée. Mais le feu est éteint, et ce corps vigoureux autrefois est à jamais détruit. La
passion n'est plus que mélancolie, effluves de coeur refroidi, mort à tenir. Vous me crûtes assidu madame, hélas ces assiduités ne sont plus et ne pourront plus être. Aujourd'hui, je suis bateleur
d'apparence, souffleur de passé, vivant mais usé. Comment pourrais-je répondre de moi si mon corps lui-même ne me suis plus, car je ne suis plus? Avant, oui avant mais c'était avant et mon âme
éparpillée au vent s'en est allée. Croyez-vous pouvoir aimer ce restant de vie alors que la vie en vous s'épanouit? La vie ne m'a laissé que la mort comme ultime consolation et il me faudra bien
changer de maîtresse afin d'aimer encore, toujours.
Cet instant convié au destin s'éteint madame. Ma nuit détoilée en voûtes écrasées emplit mon âme
d'un désespoir voulu, attendu. Vous pensiez l'amour heureux? Vous pensiez nos coeurs serviles au désir, à la volupté, à l'abandon? J'ai cru aussi me contenter déraisonnables passions! J'ai
cru, puis j'ai su et enfin j'ai subi. Alors la douleur fut ma maîtresse, la souffrance me retint et la solitude me servit. Oui, je souffre, je pleurs et j'aime. Je prie aussi madame, je prie
l'impossible, l'inconscient, l'inexistant. À présent vous ne voyez plus de moi qu'une apparence, qu'une vacuité, qu'une inutilité. Pourtant je suis ce que j'ai toujours été. Ma robe sied à l'âme et
non au corps. Vous avez raison en la vie car elle vous nourrit et vous incite à prendre et reprendre. La mienne n'est plus et ne pourra plus être car je ne l'habite plus. À
Dieu...
Une rose est morte ce matin. Sa
pourpre précieuse aux folles embellies c'est affadie. Une mère est morte ce matin, on l'a laissé mourir. Mais pouvait-elle comprendre qu'elle n'existait pas? Elle n'était qu'une émotion, un instant. Alors elle est devenue ce qu'elle ne pouvait pas être, l'exception de son
quotidien. Elle n'a jamais pu se voir, mais elle pouvait se rencontrer dans le regard des autres. Si son quotidien était commun, sa mort elle, sera unique. Elle est devenue l'éternité parmi la
fuite éperdue du temps. Ses yeux ouverts seront enfin assouvis d'une vie simple et perdue. Une vie..., une moment raté d'éternité. Mais c'est dans cette raideur là que se meut l'éternité. N'ayez
crainte vous goûterez au plaisir de l'éphémère permanent, celui qui insatisfait pleinement. Vous avez connu l'amour et la beauté mais c'était dans l'errance et l'ennui. Vous connaîtrez à présent
l'indéfectible beauté et l'impensable amour. Aux pétales tombées, au temps dérobé, laissons la vie. À ces dances enlacées au vent qui nous pâmait, laissons la vie. Mais ma rose, pour me parler
encore, qui êtes-vous?